Si vous me connaissez aujourd’hui, il y a de fortes chances que ce soit pour mon travail dans le spectacle et l’événementiel.
La production. La direction technique. Les régies. Les tops. Les plateaux. Les montages interminables. Les feux d’artifice. Les drones. Les productions où tout doit être prêt à une heure précise et où, évidemment, quelque chose décide toujours de ne plus fonctionner cinq minutes avant.
Bref, les coulisses.
Je vous raconte d’ailleurs régulièrement ici mon métier de Show Caller / Topeuse et plus largement tout ce que les spectateurs ne voient jamais dans les coulisses d’un spectacle.
Mais il existe une ligne de mon CV dont je parle finalement assez peu.
Je suis aussi formée en criminologie.
Et non, ce n’est pas une passion découverte récemment après avoir regardé trois documentaires True Crime sur Netflix.
Cette histoire commence même bien avant ma carrière dans la production.
Petite, je voulais déjà comprendre
Quand j’étais plus jeune, je parlais beaucoup d’agents secrets.
Pourquoi ? Aucune idée.
J’ai aussi eu une période pendant laquelle je voulais devenir médecin légiste.
Jusqu’au jour où j’ai découvert un léger détail concernant le parcours : pour être médecin légiste, il fallait d’abord… faire médecine.
Étrangement, cette carrière s’est arrêtée là. 😅
Mais l’intérêt, lui, est resté.
J’ai toujours aimé les séries policières, les livres, les enquêtes et tout ce qui touchait de près ou de loin à la compréhension des comportements humains.
Pas avec une fascination pour les criminels.
Cette distinction est importante pour moi.
Ce qui m’intéressait — et m’intéresse toujours — était davantage le pourquoi et le comment.
Comment arrive-t-on à un passage à l’acte ?
Pourquoi deux individus placés dans des situations similaires peuvent-ils évoluer complètement différemment ?
Que peut raconter un crime sur celui qui en est à l’origine ?
Quels éléments permettent de dessiner progressivement un profil ?
Et puis, tout simplement : comment fonctionne l’être humain ?
La psychologie m’a toujours énormément intéressée.
Alors quand il a fallu choisir mes études, la criminologie est devenue une évidence.
Des cours un peu différents des autres
J’ai commencé par un Bachelor d’Enseignement Supérieur Privé en Analyse Comportementale, option Criminologie, au CERPAC.
Et j’ai immédiatement accroché.
J’ai surtout eu énormément de chance : certains de mes enseignants étaient d’anciens professionnels de terrain.
Parmi eux, notamment, un ancien démineur du GIGN.
Autant vous dire que certains cours étaient assez éloignés de l’image classique que l’on peut avoir des études supérieures.
La formation mélangeait plusieurs disciplines.
Il y avait évidemment beaucoup de psychologie et d’analyse comportementale, mais aussi du droit, de la victimologie, de la médecine légale, des cours autour des armes ou encore du terrorisme.
Et la médecine légale me passionnait toujours autant.
Même si, entre-temps, j’avais définitivement accepté que je ne deviendrais pas médecin. 😂
Cette approche multidisciplinaire était justement ce que j’aimais.
Un comportement criminel ne peut pas être compris en regardant une seule pièce du puzzle.
Il faut croiser les informations.
Observer.
Contextualiser.
Chercher ce qui concorde et ce qui ne concorde pas.
Et probablement que, sans m’en rendre compte à l’époque, cette façon de fonctionner allait me suivre très longtemps.
À l’époque, je voulais devenir profiler
Oui.
Vraiment.
Mais probablement pas exactement au sens que les séries télévisées ont donné au mot.
Ce qui m’intéressait était de pouvoir partir d’un meurtre, des éléments disponibles et progressivement construire un profil susceptible d’aider les forces de l’ordre dans leurs investigations.
Un profil comportemental, mais également géographique.
Croiser les éléments.
Réduire un champ de recherche.
Essayer de déterminer quel type d’individu pouvait avoir commis un acte à partir de ce que cet acte pouvait révéler.
C’était cette dimension analytique qui me passionnait.
Le problème, c’est qu’à l’époque où j’ai fait mes études, je ne voyais pratiquement aucune possibilité d’exercer de cette façon comme consultante extérieure. Le parcours qui me paraissait accessible passait essentiellement par les forces de l’ordre.
Et je savais que cette voie-là ne me correspondait pas.
Si j’avais alors identifié davantage de possibilités de travailler autrement dans cet univers, peut-être que mon parcours aurait été complètement différent.
Parce qu’en parallèle, il existait une autre obsession dans ma vie.
Le cinéma et le spectacle.
Et pendant longtemps, j’ai été tiraillée entre ces deux univers.
Le terrorisme de masse et le 11 septembre
J’ai ensuite poursuivi ma formation à l’IHECRIM en analyse criminelle et comportementale.
Et lorsqu’est arrivé le moment de choisir le sujet de mon mémoire, je me suis tournée vers un autre aspect de la criminologie qui m’intéressait énormément : le terrorisme.
Mon mémoire s’intitulait :
« Le terrorisme de masse, vers une évolution toujours plus meurtrière »
Une partie importante était consacrée aux attentats du 11 septembre 2001.
J’étais adolescente lorsqu’ils ont eu lieu et, comme pour énormément de personnes de ma génération, ces images sont restées gravées dans ma mémoire. Les archives permettent d’ailleurs aujourd’hui de revoir la manière dont cette journée du 11 septembre 2001 a été vécue en direct à la télévision française. Ina
Mais j’avais également un rapport un peu particulier à cet endroit.
J’avais vu les tours du World Trade Center avant leur destruction.
Je les connaissais.
Voir disparaître en quelques heures quelque chose que j’avais réellement vu et qui me semblait immuable avait forcément ajouté une dimension particulière à cet événement.
Quelques années plus tard, je me retrouvais donc à l’étudier dans le cadre de mon mémoire.
J’ai également eu la chance d’avoir accès à beaucoup d’informations grâce au directeur de mon école, également maître de stage, qui travaillait dans le secteur aérien.
Avec le recul, si je devais aujourd’hui approfondir de nouveau certains sujets, je pense d’ailleurs que les attentats et le terrorisme de masse prendraient probablement une place importante.
Mais il existe un autre domaine qui continue à provoquer chez moi énormément de questions.
Pourquoi les tueurs en série ?
Après ma formation à l’IHECRIM, on m’a proposé d’y enseigner.
Et c’est comme ça que je me suis retrouvée, une fois par semaine, à donner une journée entière de cours consacrée aux tueurs en série et à la criminalité sérielle.
Chaque semaine, je choisissais un cas.
Puis nous l’étudiions.
Mon tout premier cours était consacré à Francis Heaulme.
Ce qui m’intéressait — et m’intrigue encore aujourd’hui — dans la criminalité sérielle est justement la mécanique particulière du passage à l’acte.
On n’est pas simplement face à une réaction immédiate à un événement.
Pas uniquement face à une vengeance, une dispute qui dégénère ou une situation imprévue.
Il existe une répétition.
Des mécanismes.
Des comportements.
Parfois des évolutions.
Et essayer de comprendre cette mécanique est intellectuellement passionnant.
Mais enseigner ces sujets m’a également confrontée à quelque chose qui m’a toujours dérangée : la fascination pour les criminels eux-mêmes.
Certains étudiants pouvaient être beaucoup trop fascinés à mon goût.
Je n’ai jamais vraiment compris la glorification qui existe parfois autour des tueurs en série.
On peut vouloir comprendre quelqu’un sans l’admirer.
On peut étudier un comportement sans transformer son auteur en personnage mythologique.
Comprendre n’est pas admirer.
Et cette limite a toujours été très claire pour moi.
Et puis j’ai pris l’autre chemin
En parallèle de tout cela, il y avait toujours le cinéma.
J’avais toujours voulu faire une école de cinéma.
Je suis donc également passée par l’ESRA Paris, en formation assistant production. L’ESRA est une école consacrée aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel, et ce passage a constitué mon entrée dans cet autre univers professionnel. ESRA
Et progressivement, la production a pris de plus en plus de place.
Puis le spectacle.
L’événementiel.
La régie générale.
La direction de production.
La direction technique.
Le show calling.
Les grosses productions.
Les événements internationaux.
Et sans vraiment prendre un jour la décision consciente de dire « j’arrête la criminologie », j’ai construit toute une autre carrière.
Une carrière que j’aime profondément.
Depuis plus de quinze ans, mon quotidien se passe donc principalement dans les coulisses du spectacle et de l’événementiel.
Les années sont passées.
Beaucoup.
Et la criminologie est restée quelque part dans un coin.
Mais elle n’a jamais vraiment disparu.
Parce qu’en réalité, on ne désapprend pas à observer
Je pense que ce type de formation change durablement notre façon de regarder les choses.
Et les gens.
On apprend à observer énormément.
À écouter ce qui est dit, mais également à remarquer ce qui ne l’est pas.
À essayer de comprendre les comportements plutôt que de simplement les constater.
À croiser plusieurs informations avant d’arriver à une conclusion.
À chercher une incohérence.
À contextualiser.
Et forcément, cela finit par dépasser le cadre des études.
Ça intervient dans la vie personnelle.
Dans les relations humaines.
Et probablement aussi dans ma façon de travailler aujourd’hui.
Dans mon métier, je passe mon temps à devoir comprendre rapidement une situation, identifier un problème, récupérer énormément d’informations venant d’interlocuteurs différents, les trier et prendre une décision.
C’est particulièrement vrai lorsque je suis en régie : comme je vous l’expliquais dans mon article sur le métier de Show Caller, quand quelque chose ne se déroule pas comme prévu pendant un show, il faut comprendre très vite ce qui se passe et déterminer comment continuer. InkedGeek
Je ne prétends évidemment pas faire de la criminologie lorsque je gère une régie.
Mais je suis certaine que cette formation a participé à construire ma manière d’analyser le monde qui m’entoure.
Et elle est toujours là.
Je suis d’ailleurs insupportable devant les séries policières
Voilà.
Je l’avoue.
Regarder certaines fictions policières avec moi peut être une expérience particulièrement pénible.
Parce que mon cerveau n’a manifestement jamais reçu l’information selon laquelle une série était faite pour se détendre.
Je questionne.
Je relève des trucs.
Je cherche.
Je vérifie.
Je veux comprendre ce qui manque.
Et quand une fiction est inspirée d’une affaire réelle, j’ai immédiatement envie de savoir ce qui s’est véritablement passé.
La frontière entre divertissement et recherche personnelle devient donc parfois légèrement floue.
Mais pendant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de suivre les affaires criminelles, les documentaires, les fictions ou l’actualité liée à ces sujets.
Je n’exerçais simplement plus dans ce milieu.
Et depuis quelque temps, quelque chose me manque
Cette idée ne m’est pas venue hier matin.
Ça fait longtemps qu’elle me trotte dans la tête.
J’ai envie de revenir à la criminologie.
Mais une question revenait systématiquement :
Comment ?
Comment revenir dans un milieu après autant d’années ?
Comment revenir lorsqu’on n’a plus vraiment de réseau dans cet univers ?
Et surtout, est-ce que revenir signifie forcément abandonner tout ce que j’ai construit depuis ?
C’est finalement là que j’ai compris quelque chose d’assez évident.
Je n’ai peut-être pas besoin de choisir.
J’ai passé une partie de ma jeunesse tiraillée entre deux mondes : la criminologie d’un côté, le cinéma et le spectacle de l’autre.
Et si le meilleur moyen de revenir au premier était justement d’utiliser tout ce que j’ai appris dans le second ?
Criminologie + cinéma + production
Aujourd’hui, si je pouvais choisir les projets sur lesquels travailler, je sais assez précisément ce qui me ferait vibrer.
Participer à la préparation d’un documentaire consacré à une affaire criminelle réelle.
Recevoir un énorme dossier et devoir tout lire, tout documenter, reconstruire une chronologie, chercher les sources, comprendre les protagonistes et identifier les éléments essentiels.
Travailler sur une fiction inspirée d’une véritable affaire criminelle et devoir la connaître suffisamment précisément pour aider les auteurs et la production à distinguer ce qui relève des faits, de l’interprétation et de la fiction.
Ou participer à la création d’un personnage fictif en travaillant sur la cohérence de son comportement, de son histoire et de ses passages à l’acte.
En réalité, ce serait probablement le meilleur compromis entre mes deux mondes.
Parce qu’entre-temps, je n’ai pas simplement passé quinze ans loin de la criminologie.
J’ai appris un autre métier.
Et même plusieurs.
J’ai appris comment fonctionne une production.
Comment on prépare un projet.
Comment on travaille avec des contraintes de temps, de budget et de confidentialité.
Comment on transforme des informations complexes en quelque chose d’exploitable.
Comment on travaille avec des dizaines d’interlocuteurs qui n’ont pas nécessairement le même langage ni les mêmes priorités.
C’est d’ailleurs une grande partie de ce que j’essaie de raconter sur InkedGeek lorsque je vous emmène derrière le rideau pour découvrir les métiers invisibles du spectacle. InkedGeek
Et peut-être que ces quinze années ne sont finalement pas le détour que j’imaginais.
Peut-être qu’elles sont précisément ce qui me permet aujourd’hui de revenir différemment.
Une histoire pas tout à fait terminée
Je n’ai aucune intention de quitter les coulisses.
Vous continuerez donc à voir passer ici des régies, des plateaux, des tops, des voyages, des feux d’artifice, des drones et probablement quelques catastrophes techniques racontées une fois qu’elles seront devenues suffisamment anciennes pour être drôles.
Mais j’ai aussi décidé de rouvrir cette porte.
De reprendre ponctuellement des missions de consultante en criminologie, notamment pour le cinéma, les séries, les documentaires, les podcasts et les projets éditoriaux.
Recherche documentaire.
Analyse et contextualisation d’affaires.
Victimologie.
Fact-checking.
Cohérence criminologique d’une fiction.
Accompagnement autour de personnages et de comportements criminels.
Pas comme une reconversion.
Plutôt comme la réunion de deux parties de mon parcours que j’ai longtemps considérées comme incompatibles.
Parce qu’au fond, si j’ai envie d’y revenir aujourd’hui, c’est probablement pour une raison très simple.
Ça me manque.
Et surtout, j’ai toujours gardé cette étrange sensation d’avoir laissé quelque chose d’inachevé.
Pendant longtemps, j’ai cru que j’avais choisi entre mes deux passions.
Avec le recul, je crois surtout que j’en ai laissé une en suspens.
Il est peut-être temps de reprendre le dossier.

Photographe, Régisseuse Spectacle, blogueuse, rêveuse et créative
On parle de voyages, de tatouages, de sorties... de tout ce qui me passionne
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