Quand j’ai publié mon article sur le métier de Show Caller / Topeuse, on m’a demandé quelque chose que je trouvais assez évident… jusqu’à ce que je réalise que ça ne l’était absolument pas quand on ne travaille pas dans le spectacle ou l’événementiel :
« Mais à quoi ressemble un conducteur ? »
Alors aujourd’hui, je vais vous montrer.
Parce que si vous me voyez en régie pendant un spectacle ou un événement, casque sur les oreilles et iPad devant moi, il y a de fortes chances que ce que je sois en train de regarder avec beaucoup, beaucoup d’attention soit justement mon conducteur.
On pourrait le comparer à la partition d’un chef d’orchestre.
Sauf qu’à la place des notes de musique, on y trouve des entrées artistes ou intervenants, des vidéos, des changements lumière, du son, des effets spéciaux, des mouvements scéniques et surtout… des tops.
Bienvenue dans l’un des documents les plus importants de ma vie en régie.
Mais déjà, c’est quoi un conducteur ?
Très simplement, le conducteur est le déroulé d’un spectacle ou d’un événement.
Il permet de suivre, dans l’ordre, tout ce qui doit se passer pendant l’exploitation.
Imaginez un show d’une heure.
Pour le public, les artistes entrent sur scène, les lumières changent, une vidéo apparaît, la musique démarre, un effet se déclenche… et tout semble s’enchaîner naturellement.
Sur un événement corporate, ce seront peut-être plutôt des intervenants qui se succèdent, un PowerPoint qui apparaît au bon moment, un jingle, une vidéo, un changement de lumière ou encore un micro qui doit être prêt pour la personne suivante.
Évidemment, rien de tout cela n’arrive par magie.
En coulisses, le déroulé a été découpé en séquences et en actions. Et une grande partie de ces informations se retrouve dans le conducteur.
Selon les productions, on pourra par exemple y retrouver :
- les différentes séquences ;
- ce qui se passe sur scène ;
- les entrées et sorties des artistes ou intervenants ;
- les vidéos ;
- les présentations ;
- les actions lumière ;
- les éléments sonores ;
- les effets spéciaux ;
- les changements de décor ou de configuration ;
- les tops à donner ;
- du timecode ;
- des timings ;
- et toutes sortes de notes indispensables au bon déroulement de l’événement.
Et je précise bien « selon les productions », parce qu’il n’existe pas un modèle universel de conducteur.
Et heureusement.
Chaque spectacle… et chaque événement a son conducteur
Un conducteur peut être très simple comme absolument gigantesque.
Tout dépend du projet.
Un événement corporate avec quelques prises de parole, des vidéos et des jingles n’aura évidemment pas les mêmes besoins qu’un spectacle avec artistes, automation, vidéo, lumière, effets spéciaux et pyrotechnie.
La manière de construire le document dépend également des équipes et du Show Caller.
Certains aiment énormément de détails.
D’autres vont à l’essentiel.
Certains utilisent beaucoup de couleurs.
Certains travaillent avec un conducteur général accompagné de plusieurs documents techniques.
Et puis il y a toutes nos petites habitudes personnelles développées avec les années.
Le plus important n’est finalement pas qu’un conducteur soit joli.
Il faut pouvoir retrouver l’information dont on a besoin immédiatement.
Parce qu’en exploitation, je n’ai pas trente secondes pour chercher où se trouve mon prochain top.
Parfois, je n’en ai même pas trois.
Mais qui prépare le conducteur ?
Ça dépend, encore une fois, énormément des productions.
Sur certains projets, je reçois une première base déjà construite par la production, la régie générale ou les équipes artistiques et techniques.
Sur d’autres, c’est moi qui vais créer le conducteur ou le reconstruire entièrement pour qu’il corresponde à mes besoins.
Et surtout, le conducteur n’est pas réservé aux spectacles.
Je travaille aussi beaucoup dans l’événementiel, et le principe reste exactement le même.
Une convention, une cérémonie, une plénière, un lancement de produit ou un événement corporate peut avoir son propre conducteur.
On y retrouvera simplement d’autres informations : prises de parole, lancements de vidéos, présentations PowerPoint, jingles, changements de lumière, déplacements sur scène, micros, traductions, captation, streaming…
C’est d’ailleurs ce que montrent les deux exemples que je vous partage un peu plus bas : l’un vient davantage de l’univers événementiel, l’autre du spectacle.
Deux documents visuellement très différents, mais avec le même objectif : faire en sorte que tout le monde sache ce qui doit se passer, quand et comment.
Construire un conducteur, c’est déjà commencer à apprendre le projet
Quand je construis ou retravaille mon conducteur, je ne fais pas simplement de la mise en page sur Excel.
Je commence déjà à comprendre le projet dans son ensemble.
Je récupère les informations auprès des différents départements, je croise les plannings, le déroulé artistique ou éditorial, les besoins techniques, les timings, les médias, les entrées et sorties…
Puis j’organise tout cela de façon à pouvoir retrouver l’information dont j’aurai besoin en quelques secondes une fois en exploitation.

C’est aussi à ce moment-là que certaines questions apparaissent.
Qu’est-ce qui déclenche cette vidéo ?
Est-ce que la lumière part en même temps ?
À quel moment doit-on équiper l’intervenant suivant ?
Est-ce que cette entrée dépend d’un timecode ou de ce qui se passe réellement sur scène ?
Qui dois-je prévenir avant cette séquence ?
Et petit à petit, ce qui ressemblait au départ à un énorme ensemble d’informations devient une chronologie que je maîtrise.
Et évidemment… il va changer
Beaucoup. 😅
Une nouvelle version du programme arrive.
Une prise de parole est raccourcie.
Un artiste change son entrée.
Une vidéo est remplacée.
Le client ajoute quelque chose.
Une répétition montre qu’un enchaînement ne fonctionne pas.
Une contrainte technique apparaît.
Alors on modifie.
Puis on remodifie.
Et parfois… on remodifie encore.
C’est aussi pour cette raison que je travaille aujourd’hui énormément en numérique : mon Mac pour préparer et modifier, mon iPad pour travailler et suivre le conducteur, notamment une fois en exploitation.
Et oui, malgré tout cela, il existe généralement encore quelque part une version imprimée.
Mais personnellement, si vous me cherchez pendant un show ou un événement, il y a beaucoup plus de chances que vous me trouviez avec mon iPad devant moi qu’avec cinquante pages de papier.
À quoi ressemble un conducteur ?

Deux exemples de conducteurs issus de productions réelles. Certains noms, marques et éléments ont été volontairement retirés ou modifiés afin de respecter la confidentialité des projets.
Légende : Deux exemples de conducteurs issus de productions réelles. Certains noms, marques et éléments ont été volontairement retirés ou modifiés afin de respecter la confidentialité des projets.
La première fois qu’on ouvre un conducteur technique sans avoir l’habitude d’en lire, j’imagine que cela peut ressembler à un énorme tableau rempli de mots incompréhensibles, de numéros, d’abréviations et de couleurs.
Et ces deux exemples montrent surtout quelque chose d’important : un conducteur peut avoir des formes extrêmement différentes.
Le premier correspond davantage à un environnement événementiel, avec de nombreux départements et informations répartis en colonnes.
Le second est davantage construit autour des différentes séquences d’un spectacle.
Pourtant, leur fonction reste la même.
Pour moi, un conducteur n’est pas un immense tableau compliqué.
C’est ma carte.
Je sais exactement où nous en sommes, ce qui est en train de se passer et surtout ce qui arrive ensuite.
C’est ce dernier point qui est particulièrement important.
Un Show Caller ne doit pas seulement savoir ce qui se passe à l’instant T.
Il doit constamment avoir un temps d’avance sur le déroulé.
Je ne travaille quasiment plus avec un conducteur papier
Pendant longtemps, conducteur rimait forcément avec grosses liasses de papier imprimées, stabilos, Post-it et annotations dans tous les sens.
Aujourd’hui ?
Personnellement, j’imprime très rarement mon conducteur pour moi-même.
Je travaille directement sur mon iPad.
C’est devenu mon support principal en régie pendant l’exploitation.
Je peux avoir mon conducteur sous les yeux, naviguer dedans et retrouver rapidement une information sans me retrouver avec des dizaines de pages imprimées à chaque nouvelle version.
Et vu le nombre de modifications qu’un conducteur peut connaître jusqu’au dernier moment, ce n’est pas négligeable.
Imprimer cinquante pages pour entendre dix minutes plus tard :
« Attendez, on a changé quelque chose. »
… disons que ce n’est pas forcément ma passion. 😅
Et les techniciens, ils ont le conducteur ?
Oui.
Sur beaucoup de productions, on imprime encore des conducteurs pour les différents postes techniques.
Mais je vais vous raconter une petite réalité des coulisses.
Ils ne sont pas forcément tous en train de le lire pendant l’exploitation.
Et ce n’est absolument pas une critique.
C’est même en partie le principe du Show Calling.
Un technicien lumière doit pouvoir se concentrer sur sa console.
Le technicien vidéo sur ses médias.
Le son sur son mix.
Les équipes plateau sur ce qui se passe physiquement autour d’elles.
Ils ont évidemment besoin de connaître le projet et leurs séquences. Le conducteur reste une référence commune et permet à chacun d’avoir une vision globale.
Mais au moment du show ou de l’événement, beaucoup vont surtout…
m’écouter.
Et compter sur moi pour leur annoncer ce qui arrive.
C’est précisément pour cela que le Show Caller existe.
Je porte une partie de la chronologie générale pour permettre aux différents départements de rester concentrés sur leur propre mission.
Et si vous voulez découvrir tous ces métiers qui travaillent dans l’ombre, j’en parle justement dans mon article consacré aux métiers invisibles du spectacle.
Standby…
C’est là que le conducteur prend véritablement vie.
Parce qu’un conducteur posé sur un iPad n’est finalement qu’un tableau.
Mon travail consiste à transformer les informations qui s’y trouvent en actions coordonnées.
Prenons un exemple volontairement simplifié.
Dans quelques secondes, nous devons :
- terminer une vidéo ;
- changer l’état lumière ;
- lancer une musique ;
- faire entrer un artiste ou un intervenant.
Sur mon conducteur, tout est indiqué dans l’ordre.
Mais je ne vais évidemment pas attendre la dernière seconde pour prévenir tout le monde.
Je vais anticiper.
Quelques instants avant la séquence, les équipes concernées vont entendre dans leur intercom quelque chose du type :
« Standby vidéo, lumière, son et entrée artiste… »
À partir de ce moment-là, chacun sait que son action approche.
Moi, je continue à suivre ce qui se passe réellement.
Je surveille mon conducteur.
J’écoute.
Je regarde.
J’attends le bon moment.
Et puis…
GO.
C’est probablement le mot qui résume le mieux mon métier.
Le GO signifie :
maintenant.
Pas dans deux secondes.
Pas quand vous êtes prêt.
Maintenant.
Et lorsque plusieurs actions doivent être parfaitement synchronisées, un seul GO peut parfois déclencher plusieurs départements.
C’est aussi pour cela que la formulation des tops est extrêmement importante.
Elle doit être claire, courte, comprise par tout le monde et surtout sans ambiguïté.
En exploitation, ce n’est vraiment pas le moment de se demander :
« Elle parlait de moi, là ? »
Le plus important est parfois ce qui se trouve sur la ligne suivante
Une erreur assez naturelle quand on découvre le Show Calling serait de penser que je suis constamment concentrée sur l’action en cours.
En réalité, je suis très souvent déjà en train de penser à la suivante.
Pendant qu’une action se déroule, je sais ce qui arrive après.
Quels départements vais-je devoir mettre en standby ?
Dans combien de temps ?
Quel est mon prochain repère ?
Est-ce que mon top dépend d’un timing précis ?
D’une phrase ?
D’un geste d’un artiste ou d’un intervenant ?
D’un événement sur scène ?
C’est pour cela qu’un bon conducteur doit être extrêmement lisible pour la personne qui l’utilise.
Je dois pouvoir jeter un œil dessus et comprendre immédiatement :
où nous sommes, ce qui arrive et ce que je vais devoir dire.
Et si le réel ne suit plus le conducteur ?
Ah.
C’est là que les choses deviennent intéressantes. 😈
Parce qu’un conducteur décrit parfaitement ce qui doit se passer.
La réalité, elle, a parfois d’autres projets.
Un artiste prend plus de temps que prévu.
Un intervenant dépasse son temps de parole.
Un élément technique n’est pas prêt.
Une vidéo doit être sautée.
Une entrée est retardée.
Une action n’a pas eu lieu.
Le client décide d’effectuer une modification au dernier moment.
Ou quelqu’un vous annonce dans l’intercom une information qui change complètement les trente prochaines secondes.
Le conducteur ne va évidemment pas se réécrire tout seul.
Et c’est justement dans ces moments-là que mon travail ne consiste plus seulement à suivre le conducteur.
Il faut comprendre immédiatement ce qui est impacté, prévenir les bonnes personnes, adapter les prochains tops et réussir à raccrocher le déroulé dès que possible.
Sans que le public ne réalise nécessairement qu’il vient de se passer quelque chose.
Et oui…
C’est souvent dans ces moments-là que j’aime particulièrement mon métier.
Un conducteur n’est jamais vraiment terminé
La version que je reçois ou que je construis au début d’une production ressemble rarement exactement à celle que j’aurai devant moi le jour de l’exploitation.
Le conducteur évolue avec le projet.
On ajoute un top.
On en supprime un.
On déplace une action.
On change un timing.
On découvre pendant les répétitions qu’une formulation fonctionne mal.
On ajoute une note parce qu’on sait désormais qu’à cet endroit précis, il faut faire particulièrement attention.
Et petit à petit, le document devient mon conducteur.
C’est d’ailleurs pour cela que les répétitions sont si importantes.
Je ne répète pas uniquement les tops.
Je construis aussi ma façon de lire et d’anticiper tout le déroulé.
Est-ce que je pourrais utiliser le conducteur de quelqu’un d’autre ?
Oui.
Mais probablement pas aussi confortablement que le mien.
Parce qu’à force de travailler dessus, un conducteur finit forcément par devenir personnel.
Il y a les abréviations.
Les couleurs.
Les annotations.
Les formulations.
Les repères visuels.
Et parfois quelques notes qui sont parfaitement compréhensibles pour moi… et probablement beaucoup moins pour quelqu’un qui ouvrirait mon document pour la première fois. 😂
Deux Show Callers peuvent donc parfaitement caller le même événement ou le même spectacle avec deux documents organisés différemment.
Le résultat attendu reste pourtant exactement le même :
que tout se déroule comme prévu.
Le conducteur est ma partition, mais je dois regarder ce qui se passe réellement
C’est probablement la chose la plus importante à retenir.
Je pourrais avoir le conducteur le plus précis du monde devant moi : si je me contente de le lire sans écouter ni regarder ce qui se passe réellement, il ne me sert plus à grand-chose.
Le conducteur me dit ce qui doit arriver.
Le terrain me dit ce qui est réellement en train d’arriver.
Et mon travail consiste en permanence à faire le lien entre les deux.
C’est pour ça que lorsque je suis en régie, vous me verrez alterner entre mon iPad, mes écrans, la scène ou l’espace événementiel et mes retours intercom.
Je lis.
J’anticipe.
J’écoute.
Je regarde.
Je prépare.
Et au bon moment :
GO. 🎧
Vous voulez voir encore plus loin dans les coulisses ?
J’espère que cette petite plongée dans mon conducteur vous aura permis de mieux comprendre ce qui se passe derrière un spectacle ou un événement.
La prochaine fois que vous assisterez à un spectacle, une cérémonie, une convention, un lancement ou un événement et que lumière, son, vidéo, artistes, intervenants et effets s’enchaîneront parfaitement, dites-vous que quelque part, dans une régie, il y a peut-être quelqu’un avec un casque et un conducteur ouvert devant lui qui est déjà en train de préparer ce qui va se passer dans dix secondes.
Si vous voulez découvrir plus largement mon métier, je vous invite à lire « Show Caller / Topeuse : le chef d’orchestre invisible d’un spectacle ».
Et pour aller encore plus loin dans les coulisses, découvrez également « Les métiers invisibles du spectacle : ceux sans qui le show n’existerait pas ».
Et si vous avez d’autres questions sur les coulisses, posez-les-moi.
Après tout, cet article est né exactement comme ça. 🖤

Photographe, Régisseuse Spectacle, blogueuse, rêveuse et créative
On parle de voyages, de tatouages, de sorties... de tout ce qui me passionne
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